Bonjour, ou bonsoir, c’est vous qui voyez…

On est samedi soir, il est très tard. Allongée sur mon canapé, mon petit chien niché sur ma hanche gauche, mon chat roulé en boule sur mes chevilles, je suis comme à mon habitude saucissonnée dans mon plaid préféré, une tasse gigantesque de thé fumant à portée de main. 

Dehors, j’entends mes voisins qui font une fête de tous les diables. 

Je repense à moi, à la même période, il y a un an. Le souvenir, si fugace soit-il, serre immédiatement mon ventre, et je dois me forcer à détendre ma mâchoire qui s’était légèrement crispée. 

Voilà. 

La dépression, c’est exactement ça. Un truc tellement violent, douloureux et ravageur que même une fois remis sur les rails de jours bien meilleurs, son simple souvenir vous pète le bide et vous abrase la gorge. 

« Surtout ne pas y retourner, surtout ne pas y retourner, je m’en fous j’y retournerai pas ». Ce petit mantra, je me le suis répété pendant des mois. Puis de moins en moins, et aujourd’hui, plus du tout. Parce que je n’en ressens plus le besoin.

Voilà. 

Ce blog, je l’ouvre pour ça. 

Pour ceux qui, comme moi, s’en sont sortis, et ont envie de le gueuler à la terre entière. 

Pour ceux qui sont en plein dedans, qui ne savent plus comment ils s’appellent, qui crèvent de trouille, de chaos intérieur et de… rien. Qui crèvent de ce rien qui prend désormais toute la place. 

Et pour ceux qui ne l’ont pas encore identifié, qui le soupçonnent, peut-être, mais pour qui ce mot de « dépression » est encore tellement tabou dans une société qui accepte plus facilement des gens qui tapent de la coke tous les samedis plutôt que ceux qui avouent publiquement être sous antidépresseurs (déjà vécu) qu’ils traînent sur les forums et les blogs plutôt que d’oser en parler à quelqu’un. 

Je l’ouvre parce que pas un jour, je dis bien pas un seul, je ne vois passer sur les réseaux sociaux un appel à l’aide. Fondus dans l’anonymat que seul Internet peut offrir, des gens demandent de l’aide à d’autres gens. Et quand je vois toute cette peur, tout ce désespoir, je me dis que j’aurais aimé que quelqu’un ouvre ce blog à l’époque où j’étais, moi aussi, à l’affut de toute information. 

Je ne suis pas médecin. Pas psy. Mon boulot n’a RIEN à voir avec le domaine médical, ou celui du bien-être. Je suis comme vous, peut-être, qui me lisez. Avant d’être dépressive, je regardais les psys avec un petit peu de méfiance. Pendant les débuts de ma dépression, je pensais n’avoir aucun problème. Que ça allait passer. Qu’il y avait pire que moi. Que mes problèmes physiques et émotionnels ne méritaient certainement pas que je m’y attarde, et encore moins que je fasse appel à des professionnels… surtout pas…

Quelle abrutie. 

C’est ce que je me dis aujourd’hui. En fait, peut-être que je n’étais pas une abrutie. Peut-être que j’étais simplement aveuglée, comme beaucoup, par le désir de performance que l’on nous inculque désormais dés notre plus jeune âge. Vous savez bien de quoi je parle, je pense… Qu’il n’y a pas de place dans ce monde pour les faibles. Que les hypersensibles n’ont qu’à se carrer une tonne de Kleenex dans le museau et arrêter d’emmerder ceux qui ont tant à faire. Que les psys, c’est pour les fous. Que les dépressifs sont une engeance de ouin-ouin pleurnicheurs qui n’ont rien d’autre à faire que de se lamenter sur leur sort. Qu’il y a des enfants qui meurent de faim dans le monde et que bon, ça va bien deux minutes les maladies de riches petits Occidentaux privilégiés. 

Mais penser comme ça, c’est nier un truc fondamental. La dépression, au même titre qu’un cancer ou que la grippe, c’est une maladie.

Et une maladie, souvent, ça se soigne. 

On ne vient pas gueuler sur celui qui a chopé un rhume qu’il est un inadapté de la vie. Ça ne viendrait à l’esprit de personne de taper sur les doigts de quelqu’un qui mouche ses sinus encombrés, ou de dire à quelqu’un qui tousse à s’en arracher la gorge que « tout ça, c’est dans la tête ». 

La dépression, c’est une maladie. Et pas n’importe laquelle, en plus. Selon plusieurs études scientifiques de haute volée, c’est la maladie du siècle. 

La maladie du siècle. Rien que ça (bordel de merde).

Et cette maladie qui nous retire ce que nous avons de plus précieux, j’ai nommé notre « essence vitale », celle qui nous permet de nous brosser les dents le matin, d’emmener nos enfants à l’école, de bosser, rire, manger, courir et d’en avoir quelque chose à foutre…

… elle part. Comme ça. Sans l’avoir vu venir. Sans prévenir. Pouf. Partie. 

Et on voudrait nous expliquer que « tout ça, c’est dans la tête » ? 

Que reste-t-il quand l’essence vitale se fait la malle, à votre avis ?

Que dalle. 

Et quelqu’un qui ne voit plus l’intérêt de vivre, que lui reste-t-il ?

Vous connaissez la réponse. 

Voilà, de quoi on va parler ici. 

D’une maladie tellement pas grave, tellement superficielle selon certains (qui feraient mieux de se mêler de leur cul, si vous voulez mon avis) qu’elle en pousse un bon gros paquet à mettre un terme à ce qui est devenu un vide sans forme et sans fond. 

Mais c’est clair, ouais : « tout ça, c’est dans la tête ». 

On va parler, vous et moi, de cette chose sournoise qui s’installe un jour dans votre corps, votre coeur, votre tête, et qui pompe tout ce que vous représentiez. 

Qui vous vide de toute substance.  

On va la désacraliser. Parce que c’est en la décortiquant, en l’analysant sous toutes ses petites coutures, qu’on arrive à la percevoir telle qu’elle est : une maladie. 

Vous êtes, ou vous avez été, malades. 

C’est tout. 

La dépression, ce n’est pas tout ce que vous êtes. Loin, très loin de là. Peut-être qu’au moment où je vous parle, c’est malheureusement ce que vous vous dites… et c’est faux. 

J’en suis la preuve vivante. On s’en sort, et parfois, on est bien meilleur et plus fort qu’avant. 

Je vais découper chacun de mes articles en trois parties :

1/ exposer un problème physique ou émotionnel que j’ai pu expérimenter lié à la maladie

2/ expliquer en quoi ce problème est horrible, et mérite qu’on ne le minimise pas

3/ voir ce qu’on peut en retenir de bénéfique MALGRÉ TOUT

Parce qu’il y a du positif, partout, tout le temps, dont on a pas forcément conscience. Mais il est là. Blotti dans un recoin, attendant juste que vos yeux s’y posent. Souvent, on en est pas capable, parce qu’on a trop mal pour voir. Alors un petit coup de pouce s’impose…

Je veux, modestement, à ma petite échelle de non professionnelle, vous montrer qu’il est possible de voir qu’il y a des petites lueurs, tout autour de vous. Même quand elles sont sacrément bien planquées.

On est samedi soir. Il est encore plus tard, désormais. Les animaux n’ont pas bougé, mes voisins en sont à une version improbable de « Envole-moi » de Jean-Jacques Goldman. Et j’ai l’impression d’avoir fait quelque chose d’utile. Plus pour moi que pour vous, peut-être. 

Alors bienvenue, à toi, le perdu de 4h du matin, qui fouille internet à la recherche d’une piste, d’une réponse, d’un semblant de réconfort…

… on va tailler le bout de gras.

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